L’évangélisme, ce saint prosélytisme

Dans un renfoncement de l’avenue de l’Europe, la vitrine de l’assemblée évangélique d’Annonay masque l’intérieur des lieux. Mais, un dimanche à 10 h, les chants franchissent la porte et les rideaux.

A l’intérieur, une quinzaine de fidèles prient et chantent. Du jeune enfant aux grands-parents, tous sont concentrés sur les paroles des cantiques qu’ils entonnent pour célébrer le salut apporté par Dieu, qui « sauve les hommes qui sont tous perdus, dès la naissance », précise l’un des paroissiens. Dans l’assemblée, les femmes chantent mais ne parlent pas. « Elles ont la tête couverte [par un voile, un foulard, un bandana… NDLR] car c’est écrit dans la Bible », jure l’un des fidèles, qui se réfère, comme ses frères, aux Ecritures : l’Ancien et le Nouveau testament. L’apôtre Paul fait en effet référence à cette règle dans sa Lettre aux Corinthiens. Issue de la Réforme, l’assemblée évangélique d’Annonay met donc un point d’honneur à respecter les règles de la Bible.
Assis autour d’une table portant une coupe de vin et un pain, les frères ne suivent aucune liturgie. Leur louange prend ses racines dans la spontanéité. Chacun prend la parole, quand il le souhaite. Les yeux mi-clos, untel remercie Dieu d’avoir sacrifié Jésus pour sauver les hommes. Un autre fidèle prend sa suite en proposant de chanter un Vivat. « Il n’y a pas de clergé dans ces assemblées évangéliques, qu’on appelle les frères darbystes », explique Jean-François Ragaru, pasteur de l’église évangélique libre d’Annonay. Cousine, mais pas jumelle de l’assemblée évangélique, cette église prône le respect envers les autres communautés évangéliques du secteur. Les deux communautés se retrouvent sur plusieurs points, et les fidèles de l’une ne cherchent pas à faire ombrage sur l’autre.

Transmettre le message
L’une des différences réside dans le statut de Jean-François Ragaru. « Je ne suis pas un chef, mais quelqu’un qui a étudié la théologie et qui peut faire valoir cet apport auprès de sa communauté », détaille-t-il. Par ailleurs, l’Eglise évangélique libre appartient à la Fédération des protestants de France ainsi qu’au Conseil national des évangéliques de France (Cnef). Sur les bancs de l’assemblée darbyste, on ne se reconnaît dans aucune fédération officielle, mais les paroissiens « misent sur l’engagement de chacun dans sa piété, sur le zèle évangélique, qui consiste à transmettre notre message », assume l’un d’eux. Dans la vie de tous les jours, il estime que ce zèle religieux peut passer par une conduite digne avec son épouse autant que par le don d’un calendrier (proposant un texte religieux par jour) à des ouvriers travaillant devant le pas de son logement.
Le prosélytisme n’est pas loin. Si ses comportements peuvent se retrouver dans certaines dérives sectaires, les communautés évangéliques modérées, comme celles d’Annonay, ne sont pas pointées du doigt par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). « Il est tout à fait possible de sortir de l’assemblée », assure l’un des frères darbystes. « L’image qu’on peut avoir d’une église évangélique sectaire vient notamment de scandales en Amérique, où les communautés sont nettement plus nombreuses qu’en France », analyse ce fidèle. Pour sa part, Jean-François Raganu rappelle que des dérives sectaires peuvent être constatées dans toutes les religions et dans tous les milieux. Des abus de faiblesse reviennent en mémoire. Des extorsions de fonds aussi. A Annonay, les évangélistes ne paient pas de cotisation pour participer aux cultes. C’est tout juste s’ils doivent participer financièrement à quelques frais.

Les frais de la foi
Il y a le loyer de la salle de l’assemblée, avenue de l’Europe ; ou le salaire du pasteur de l’Eglise évangélique libre… « Pour l’instant, les dons de l’église d’Annonay ne suffisent pas à salarier le pasteur », glisse Jean-François Ragaru. Sur le tableau blanc au fond de la salle de l’assemblée évangélique il est inscrit que 650 euros sont nécessaires pour payer le loyer et l’assurance du local. Des dons qui seront comptés par le trésorier de l’association et qui doivent apparaître sur les comptes officiels. « Un Chrétien ne peut pas se mettre en dehors de la loi de Dieu. Il ne peut pas non plus aller contre celle des hommes, qui interdit à une association de faire du profit », rappelle l’un des frères darbystes. Les sébiles se remplissent de billets, déposés par les mains pieuses d’une petite quinzaine de fidèles. Plusieurs de ces billets sont oranges. Ils devront permettre aux fidèles de continuer de vivre leur foi. Les dons ont aussi vocation à aider les missionnaires évangéliques, ceux qui transmettent le message des Evangiles dans le monde entier. Mais pour les Evangélistes, l’assemblée comme l’Eglise libre, les préoccupations pécunières ne doivent pas être un moteur ni une fin en soi. Elles existent, au même titre que le denier du culte chez les Catholiques. Chacun est libre de donner ce qu’il souhaite. Ce que sa foi lui conseille.

Pierre Serizay

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