La science s’évanouit avec Vanishing waves

C’est un film litunanien. Un film de science fiction. Le premier long-métrage de la jeune réalisatrice Kristina Buožytė. Vanishing waves a été présenté ce samedi 8 février, lors du Festival international du premier film d’Annonay. La salle était comble. Elle en est sortie avec un curieux goût dans la bouche. 

L"affiche de

L »affiche de Vanishing waves.

Gaël Labanti, organisateur du festival, prévient : « C’est un Ofni (Objet filmique non-identifié)« . Pourtant, il indique aux 140 spectateurs venus remplir la salle à ras-bord, que ce qu’ils s’apprêtent à regarder pourrait se trouver « entre Darren Aronofsky et David Linch« . Il y a aussi du Michel Gondry, voire du Dali. Kristina Buožytė, la réalisatrice lituaniene de Vanishing waves, reprend à son compte un thème éculé : la découverte des méandres du cerveau humain. Lukas participe à une expérience qui vise à stimuler les neurones d’une femme dans le coma, par l’interaction avec son propre esprit. Crâne rasé, salle d’opération futuriste, capteurs hight-tech forment alors le huis-clos où se joue la rencontre entre les deux esprits.

Le processing design pour évoquer les neurones.

Le processing design pour évoquer les neurones.

La réalisatrice prend le parti de lécher l’univers visuel, quitte à atteindre son paroxysme. Elle laisse la part belle au design numérique (processing) et aux références artistiques. On peut également voir du Mapplethorpe dans certains nus éclairés en lumière rasante. Le motif de l’oeil est récurrent, il revient comme une pupille dans le soleil rougeoyant. Plus éloignée, la référence au Chien andalou de Dali et Buñuel est évidente lorsque la protagoniste principale enfonce la lame de son couteau dans sa langue. Cette femme, qu’est-elle? C’est ce que se demande Lukas, après chaque connexion. Il ne la connait pas. Est-elle un fantasme de sa propre imagination ou bien leurs esprits entrent-ils dans une telle entropie qu’il vit dans les souvenirs de cette femme, d’Aurora? 

 Orgies en sons et lumières

Les fantasmes, charnels, sexuels, rythment le film. A Annonay, la séance était proposée à l’heure la plus « grand public », ce premier samedi du festival, à 18h30. Pourtant, peu d’enfants dans la salle des Nacelles. Tant mieux ou tant pis. Ils auraient pu voir des images concrètes d’une relation fusionnelle, quel que soit son nom quand elle concerne deux esprits sortis de l’enveloppe charnelle. Sans vouloir l’avouer au reste de l’équipe, Lukas entretient ce lien exclusif, qui s’éloigne peu à peu de la froideur scientifique à l’origine de l’expérience. Les corps eux-mêmes deviennent des images de la folie, de l’imaginaire. Des corps qui s’enchevêtrent et se confondent, s’étouffent et s’enferment dans une orgie sombre.

Image d'orgie tirée du film Vanish Waves.

Image d’orgie tirée du film Vanish Waves.

 La BO, magistralement assourdissante, signée Peter von Poehl, insiste sur la tension narrative des passages « fictifs », ceux qui se déroulent dans un univers parallèle intime aux deux personnages.  Quasiment muets, ces passages ont pourtant une évolution bien compréhensible. Notamment grâce à la transformation de la musique. D’abord des sons qui relèvent de la cacophonie, en accord avec les images floues et incohérentes. Puis, de plus en plus de mélodies viennent s’accorder à la liaison naissante entre Lukas et Aurora. Des mélodies qui restent néanmoins empreintes de pesanteur. Comme pour illustrer la descentes aux enfers de Lukas. Une descente aux enfers lente mais sans longueur. Au terme de sa chute, Lukas se confronte à une réalité, douloureuse mais vraie, sortie de tout fantasme. Mais… Comme l’indique l’un des chercheurs de l’équipe : « L’objectivité n’est que le fétichisme du vrai ». Alors qu’y a-t-il de vrai dans l’histoire? On garde au moins cela : Vanishing waves sait surfer sur la vague de la psyché explorée, pour en faire une oeuvre artistique belle et originale.

Pierre Serizay

Vanishing waves, de Kristina Buožytė ; avec Brice FournierSharunas BartasVytautas Kaniušoni. Durée : 2h. Film lituanien – français – belge

 
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s