Noorassur veut rassurer

La première agence physique de cette société dédiée à la finance islamique vient d’ouvrir à Chelles (77). Opération séduction pour une banque qui soulève bien des questions.

En Arabe, "noor" signifie "lumière". Adapté à une assurance qui se place, de fait, sous le feu des projecteurs.

En Arabe, « noor » signifie « lumière ». Adapté à une assurance qui se place, de fait, sous le feu des projecteurs.

L’entrée de l’agence est épurée et la couleur verte omniprésente. Sur un écran plat : des questions et des commentaires de clients pour y répondre. Dans les rues de Chelles, on s’interroge, en effet. Qu’est-ce que cette banque dite islamique ? Pourquoi avoir choisi de s’implanter ici ? Mourad Chabchoub, responsable de l’agence, veut jouer le jeu de la transparence. Tout dans la cordialité, il vante l’image de Noorassur comme il pourrait vendre une solution d’épargne adaptée au pèlerinage à La Mecque. Il assure qu’il n’y a pas de raison particulière à l’origine du choix de Chelles. Lui qui a vécu à Noisy-le-Grand, voit dans le quartier d’implantation, un « secteur vivant, dans la plus grande ville de Seine-et-Marne, plus grand département de France ». Pour lui, c’est surtout l’évolution logique d’une entreprise qui jusqu’à présent n’existait que sur internet.

Cinq piliers pour éviter les crises
A ses yeux, Noorassur se veut ouverte à tous, musulmans ou non. Et de tout tenter pour faire passer le message, au point d’éviter soigneusement d’utiliser le terme « islamique » pendant près d’une demi-heure. L’exposé, plein de pédagogie, du responsable vise à montrer que cette finance est « éthique », « responsable » ou encore « de bon sens », avant d’être « islamique ». Certes, il parle des « cinq piliers », fondements de cette économie. Comme dans l’Islam ? « Comme par hasard », répond-il. Trois interdictions et deux obligations régissent donc cette finance islamique. L’intérêt et l’usure sont bannis des prestations de Noorassur, tout comme la spéculation ou l’investissement dans les activités jugées néfastes. Mourad Chabchoub n’est pas loin d’enfoncer des portes ouvertes au nom du bon sens. Le responsable de l’agence juge que l’intérêt était ce qui permettait d’asservir les hommes, hier et aujourd’hui encore. Il lui suffit de rappeler que c’est sa dette qui a mis la Grèce à genoux, la spéculation qui a causé la crise des subprimes, et le commerce d’armes qui oblige des Syriens à risquer leur vie pour quitter leur pays. Le pathos n’est jamais très loin quand il s’agit de convaincre. Les deux derniers piliers de cette finance islamique, reconnue par l’Etat depuis 2008, sont des obligations. Celle de partager équitablement les richesses dégagées. « C’est le principe d’une mutuelle, sans les travers de son fonctionnement actuel, souvent adossé à la spéculation ». C’est aussi l’investissement des richesses dégagées dans l’économie réelle et tangible, ce qui revient à éviter, encore une fois, les bulles spéculatives. « Si vous vous retrouvez dans ces valeurs, alors vous n’avez pas besoin d’être musulman pour devenir client », conclut Mourad Chabchoub.
Viser un public précis
Même si les valeurs éthiques annoncées n’ont pas trait à la religion, certaines prestations visent malgré tout un public précis. Il y a les traditionnelles solutions d’épargne en vue d’un mariage, de l’achat d’un logement ou encore pour financer les études. Mais on trouve également dans le catalogue de Noorassur des assurances rapatriement en cas d’annulation d’un trajet vers La Mecque ou encore des responsabilités civiles dans le cadre de mosquées. Après tout, certaines banques d’origines étrangères sont bien établies en France et ont pignon sur rue, tout en s’adressant à un public de riches entrepreneurs, quand d’autres visent un public d’agriculteurs. Mais une société de conseil en gestion de patrimoine – c’est l’appellation mise en avant par Noorassur – qui fait un lien avec une religion, cela surprend dans le pays.
Dans les règles françaises
Pourtant, il s’agit bien d’une société de droit français, dont 100% du capital serait détenu par « une femme, musulmane, qui ne porte pas le voile », jure Mourad Chabchoub. Il répond d’ailleurs sans ambages à la question du contrôle des fonds. Il assure que, comme n’importe quel courtier en assurance, il n’est qu’un relais vers les gestionnaires de fonds, contrôlés par la Banque de France. Et pour certifier que les prestations sont bien conformes à la « charia » (règle islamique, comprenant les cinq piliers énoncés plus haut), il peut compter sur la présence d’un « Charia Board », composé de « savants et sachants » (en finance et en théologie). Les CV de certains d’entre eux sont présents sur le site de l’entreprise. Plusieurs auraient suivi des études de droit à la Sorbonne à Paris. Parmi eux, le docteur Moulay Mounir Elkadiri serait professeur de droit musulman à Dauphine. Des figures apparemment dignes de confiance pour encadrer une pratique qui pâtit de la méconnaissance à son égard.
Pour l’instant, l’agence de Chelles est la seule à bénéficier d’une structure physique. Mais l’entreprise assure avoir déjà engagé la pré-ouverture d’une vingtaine d’autres agences. L’objectif annoncé à mi-2017 frôle la centaine de filiales physiques dans toute la France. Un essor qui ne se fera sans doute pas sans questions. Mais le discours est rôdé du côté de Noorassur. Tout est fait pour rassurer.
Pierre Serizay
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s