Répondre à la peine du logement

Le Collectif chrétien d’action fraternelle (CCAF) accueille des dizaines de SDF trois demi-journées par semaines dans leurs locaux de Chelles (77). Les nuits posent encore plus de difficultés. Les bénévoles misent sur le prochain programme d’habitat pour mieux accompagner ces hommes et femmes de la rue.

Pascal découvre sa vie, mais cache son visage.

Pascal découvre sa vie, mais cache son visage.

Les voix entremêlées rassurent. L’odeur du café réchauffe. Dans la grande salle du CCAF*, c’est l’heure du petit déjeuner. Pour la trentaine d’hommes et de femmes présente : une pause hors de la rue.
Pascal a le verbe facile et la voix fatiguée. A 57 ans et demi (les six mois comptent, quand ils sont vécus dehors), il siège à la table des anciens. Avec lui, Bruno, Thierry et Gérard oscillent entre le désir de parler et celui de profiter de ce confort éphémère. La fumée du café au lait s’élève des gobelets en carton dans lesquels ils trempent leurs tartines. Des petits déjeuners comme celui-ci, Pascal en savoure chaque mardi et vendredi. Le reste du temps, c’est la débrouille de la rue.
Depuis dix ans, cet enfant de la DDASS navigue à vue entre les bancs publics, les foyers et les squats. Thierry, dit Titi, sort du mutisme : « Moi, la rue, j’ai toujours connu ça. Je m’en suis sorti, j’ai replongé. » Le cercle est vicieux. « On traîne dans le parc, surtout, complète Bruno, les yeux rougis par le sommeil et le reste. Mais on risque de se prendre une amende dès qu’on sort une bière. »
Le « on » est de rigueur. Les histoires qui se racontent sous la protection chrétienne du lieu sont toutes différentes mais tous les narrateurs en sont arrivés aux mêmes points de suspension… Faire changer les choses : comment ? Envoyer un message aux élus : pour quoi ? Un discret « Pensez un peu plus aux gens de la rue » se profile sur les lèvres de Pascal. Sans doute, la sphère politique se soucie de la condition de ces gens. Mais pour l’instant, c’est une association religieuse qui les aide. Comme elle peut.
L’espoir de 25 nouveaux appartements
Le CCAF rassemble une cinquantaine de bénévoles. Dans le local du collectif, on trouve trois douches, trois ordinateurs, une laverie, un vestiaire. Et 800 SDF accueillis en 2014. « Il faut arrêter de voir l’accueil des plus démunis avec l’image de la tente le long du canal Saint-Martin », lance François Langé, président du CCAF. Il le considère plutôt comme la première marche vers l’insertion. Ainsi, sur les ordinateurs, ceux qui viennent là peuvent aussi bien naviguer sur Facebook que chercher un emploi. Les bénévoles sont également en lien avec les missions locales et les chantiers d’insertion. Et si quelqu’un dégote un entretien d’embauche, il y a de quoi s’habiller en conséquence au vestiaire.
Juste après l’hébergement d’urgence, en foyer ou en hôtel qui n’est attribué que ponctuellement en fonction des places disponibles, et juste avant le logement traditionnel, il y a une solution, que le CCAF essaie de développer. Le collectif dispose en effet de 20 appartements, dont le loyer s’élève à 220 euros par mois. Un nombre insuffisant pour répondre à la demande toujours plus importante. Le CCAF attend donc beaucoup du futur Plan local de l’habitat intercommunal (PLHI) qui prévoit la construction de logements sociaux. Les bénévoles espèrent convaincre le bailleur social de mettre 25 autres appartements à la disposition du CCAF. « Cela ne coûte rien à la mairie, certifie François Langé. C’est la préfecture et les locataires qui financent ces logements. » Ils se donnent trois ans pour y arriver. Trois ans pour venir en aide à deux fois plus d’hommes, surtout, et de femmes, tous de plus en plus jeunes. Mais Pascal ne songe même pas à cette option. Une assistante sociale l’appelle. Avec son aide, il doit actualiser sa situation en ligne. « Il faut le faire, sinon le mois prochain : pas mon RSA. »
Pierre Serizay
* Collectif chrétien d’action fraternelle : 2 bis, rue Perrotin à Chelles. Tél. : 06.68.56.43.21. Ouvert le mardi et vendredi de 9h à 13h et le lundi de 14h à 17h. Le CCAF est constitué de paroisses catholique, protestante et orthodoxe, ainsi que la Société saint Vincent de Paul, le Secours catholique, l’Association familiale protestante et la Maison du pain.
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